Carnets d'une juvéniste

 

Une juvéniste dans la blogosphÚre. B-logos-sphÚre: la sphÚre de la parole.

 

Mercredi 13 avril 2005

Mon premier livre, je m'en rappelle comme si c'était hier. D'autant plus que je l'ai encore et que je le ressors, parfois, à l'occasion d'un cours, ce qui fait sourire mes étudiants. J'avais deux ans lorsque ma grand-mère m'a offert l'album, un imagier présentant les animaux de la ferme avec leurs petits. Si les images étaient intéressantes - à la mode des années 60 et aux couleurs savoureuses de l'imprimerie hollandaise -, si je ne me lassais pas de regarder la vache et son veau, dame canard et son caneton, etc., si j'aimais tourner moi-même les pages épaisses de cet objet fascinant, il reste que les mots, les signes, m'intéressaient davantage que les illustrations. Comme Pythagore qui croyait au Quid - ce feu intérieur qui, sortant de l'oeil, permet la vision -, je croyais ma grand-mère dotée d'un pouvoir magique qui lui permettait de déchiffrer ces traces bizarres que mes yeux voyaient mais ne décodaient pas. Peut-être cette magie lui venait-elle de son nom de famille, Galarneau, qui, pour les Québécois, signifie le "soleil" ("Tiens! Galarneau s'est pas levé à matin").

Ce qu'elle me disait différait de ce que je pouvais percevoir. Ses paroles dépassaient l'étendue de l'image pour m'amener ailleurs.

C'est cet ailleurs qui m'a menée en littérature.

Je ne doute pas qu'il y ait, aux recoins de la mémoire de chacun, un livre qui sommeille. Celui-là, le premier noeud du fil rouge auquel tous les autres viendront s'arrimer._.. __... ___.... ____..... _____.  

 

Tante Lucille, conteuse radiophonique, qui a rendu magiques les samedis de mon enfance, tous les weekends sur les ondes de Radio-Canada.

Toujours de découvertes en découvertes,

La Juvéniste

Lundi 4 avril 2005

Cette semaine, premiers commentaires sur les Carnets d'une juvéniste. Merci à ceux qui ont eu la gentillesse de venir me visiter. La contexture de la toile se dessine fil à fil et j'espère bien, si le dieu Blog le veut et si mon agenda par trop chargé me le permet, pouvoir continuer le tissage. 

 

Comme les fils de la grande toile...

Merci! La Juvéniste

Dimanche 27 mars 2005

Résolutions de Pâques

  • Apprendre les rudiments des CSS
  • Éviter le chocolat
  • Écrire quelques pages de roman
  • Sortir prendre l'air
  • Ne pas manger de lapin
  • Surfer sur les blogs et dormir...                                          

Bon congé pascal.

La Juvéniste

Mercredi 23 mars 2005

Après quelques jours pleins de trop d’activités (renouvellement de subvention, lectures, écriture, spectacle, etc.) pour bloguer en paix, je suis de retour. Un peu de rattrapage, donc…

 

Hier, j’ai participé au spectacle « Hymne au printemps » – du titre d’une chanson de Félix Leclerc – organisé par notre département pour célébrer la semaine de la Francophonie. Des professeures, des chargées de cours et des étudiantes ont lu, pour l’occasion, des textes poétiques. Un étudiant a interprété trois chansons de son artiste préféré, Pépé (un chanteur que je ne connais pas, mais qui semble avoir la faveur populaire auprès des étudiants de notre université tel que j'ai pu en juger par les réactions de l'auditoire. Décidément, mes connaissances musicales mériteraient une mise à jour!). J’ai assumé, pour ma part, l'autre partie 'chanson' du spectacle : « Le ciel se marie avec la mer » de Jacques  Blanchet, « Pendant que » et « Les gens de mon pays » de Gilles Vigneault, "L'hymne à la beauté du monde" de Luc Plamondon, etc.

 

Au cours de cette semaine assez chargée, j’ai commencé la lecture de plusieurs romans en vue de la rédaction d'une communication que je présenterai en mai prochain sur les manipulations génétiques dans les romans pour la jeunesse. Depuis Dolly jusqu’aux élucubrations raéliennes, le clonage fait jaser, fait écrire aussi. En littérature pour la jeunesse, il est intéressant de constater qu’aucun sujet chaud n’échappe à l’oeil et à l’oreille des auteurs qui se font souvent les témoins discrets des grands débats de l’heure. Après la drogue, l’anorexie, l’homosexualité, la délinquance qui ont fait les beaux jours des vingt dernières années de l’édition romanesque ( « problem solving novels » dit-on chez les anglos, romans « socioréalistes » chez les francos), voilà que le clonage offre maintenant un riche terreau thématique pour les fictions destinées aux adolescents.

 

J’ai donc commencé à repérer les titres, à parcourir les œuvres. Pour l’heure, et bien que ma recherche soit encore très fragmentaire, je donne la palme de la meilleure œuvre à The House of the Scorpion (Simon & Schuster, 2004. ISBN: 0689852231) de Nancy Farmer. Pourquoi? Pour  la précision de l’écriture, la justesse du propos, l’arrière-plan politique du roman, l’intelligence du traitement et la finesse de la caractérisation psychologique des personnages, surtout celle du héros, un jeune garçon qui découvre qu’il est le produit d’un clonage. Je n’en dis pas plus, question de ne pas en révéler trop…

 

L’heure est venue de retourner à mes moutons (Dolly et les autres). Car la Juvéniste est aussi bergère de livres et son troupeau l’attend.

 

La Juvéniste

Mercredi 23 mars 2005

Comme disait l'autre, "Pourquoi chanter quand il y a tant à faire?" (Chanson de Luc Granger) 

Pourquoi lit-on, en fait? La question a ressurgi ce matin, au hasard d'une réflexion sur un problème théorique en lien avec la réception des oeuvres écrites à l'intention des adolescents.

Cet après-midi, exit la théorie. Pourquoi lit-on? Tout simplement...

En repensant au plaisir que m'apportait autrefois la lecture de mon livre fétiche - Jane Eyre de Charlotte Brontë -, je me suis rappelée ces nombreux étés où, assise sur la terrasse, bien calée dans un fauteuil "adirondack", je quittais le monde des vivants pour entrer dans l'univers des mots. Au bout de quelques secondes, ces mots - par un processus alchimique mystérieux qui me faisait les confondre avec les moucherons - disparaissaient complètement pour déplier, comme un origami, un espace aux plis bien nets. Ces plis, je les reconnaissais pour ce qu'ils étaient, les limites d'un tableau qui me plaisait et dans lequel, souvent, il m'arrivait de pouvoir capter mon propre reflet. Cette expérience d'inquiétante étrangeté était doublée de la certitude que j'arriverais un jour, par la voie des lettres, à saisir tout ce qui m'était inconnu et qui était couché, là, sur le papier.

Pourquoi lit-on quand il y a tant à faire? Pour se reconnaître, mais aussi pour s'oublier dans les Autres,  pour prêter vie aux  fruits de la pensée de l'inconnu(e) qui écrit. Lire aiguise notre regard sur le réel.

Si la lecture nous soustrait en quelque sorte à la vie, c'est pour nous obliger à prêter la nôtre pendant quelques instants.

Lire, après tout, est peut-être un acte de générosité.

La Juvéniste

Mercredi 16 mars 2005

Un des avantages du blog : la possibilité d’être tout à la fois un lieu de communication et un centre d’entreposage! Autant de notes et de suggestions qui pourront servir à mes étudiants et aux visiteurs potentiels, aux parents ou aux grands-parents qui recherchent quelque chose à mettre sous la dent des petits et des plus grands. Un cimetière de « Post-it »…(mes livres, après lecture, sont de véritables oeuvres d'art) J’aimerais bien avoir le temps de faire une section « jeunes » pour discuter directement avec les jeunes lecteurs, mais le temps me manque pour doubler mes commentaires d’entrées plus « friendly user ». Cela viendra peut-être, si le besoin s’en fait sentir.

Aujourd’hui, quelques notes jetées rapidement sur le papier digital suite à la lecture du premier roman pour adolescents de l’auteure chilienne Isabel Allende. Une lecture au premier degré, cela dit, qui n’a rien à voir avec les pratiques d’interprétation qui sont mon lot quotidien. Juste pour le plaisir!

La Juvéniste

Mardi 15 mars 2005

Carnets d'une juvéniste - page 1

La blogosphère... un bien joli mot. B-logos-sphère. La sphère de la parole.

Mais le "B" inaugural m'échappe... Que signifie-t-il? Blabla, beauté, bonté, bise (un vent qui déplace doucement les mots, ceux des uns, des autres, vers les uns, les autres), bleu, blues, blatérer(comme pousser son cri en parlant du chameau), blanc (comme page blanche), bloc-notes, bois (comme ce bois qu'épargne le papier digital), boléro (celui de Ravel, une petite phrase répétée, un écho), bordure (comme univers sans bordures, aux limites cent fois repoussées)... Bon! trève de B-numération.

Passons au "J". Qu'est-ce qu'une "juvéniste"? C'est le terme que j'ai proposé ailleurs - m'inspirant en cela des appellations en "iste" dont on gratifie mes collègues, qui "dix-huitiémiste", qui "vingtiémiste", etc. - pour désigner les chercheurs qui oeuvrent en littérature pour la jeunesse. Nous ne sommes pas légion. La recherche en littérature pour la jeunesse est, dit-on, un "axe de recherche en émergence". Dans les départements de littérature du monde francophone, et bien qu'elle ait ses "supporteurs" depuis près de trois décennies - ce qui n'est rien quand on pense à la longueur d'avance qu'ont d'autres champs disciplinaires sur le nôtre -, la littérature pour la jeunesse devient, peu à  peu, un objet d'étude.

En tant que professeure (je viens du Québec, notez la féminisation du titre...), j'ai fait mon pain de chaque jour de ces textes destinés aux enfants et aux adolescents. Une passion sans cesse réitérée par la lecture d'oeuvres dont plusieurs se demandent encore si elles sont "littérature". Pour répondre précisément à cette question, il faudrait savoir ce qu'est la littérature (voir, entre autres, Sartre!). Belle question!

La Juvéniste

 
 
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