J'avais promis de revenir sur le sujet, me revoici en "bis". En conclusion de Manuscrit - Le début de la fin..., j'affirmais de manière péremptoire qu'il ne fallait jamais donner à lire un manuscrit avant que le premier jet n'en soit terminé. Je réitère le "jamais" et vais plus loin: il ne faut jamais donner à lire un manuscrit avant que le deuxième jet en soit terminé. JET n.m. (1158) "action de lancer" (...). Par métonymie, il désigne les objets identifiés à leur jaillissement (jet d'eau, 1671). D'après l'emploi particulier de jeter en botanique au sens d'"engendrer" (1323), il désigne une nouvelle pousse d'un arbre (rejet, rejeton). (Alain Rey: entrée "Jeter", Dictionnaire historique de la langue française, Le Robert, p. 1914) La pensée qui s'écrit, celle que l'on jette pour la première fois sur le papier, l'embryon d'univers fictif sorti tout chaud de la tête du scribouilleur doivent, pour être menés à terme, se développer en espace clos. Les dangers d'"avortement" s'en trouvent ainsi considérablement réduits. Le premier jet est fragile. Mince cordon dans l'ombilic des limbes de la création, il supporte mal l'exposition à l'air libre tant et aussi longtemps qu'il n'a pas atteint une forme plus achevée (ce qui ne veut pas dire "définitive"). Il faut qu'il marine le rejeton. Qu'il prenne aussi tout l'espace nécessaire à son développement dans les limites élastiques de la psyché de son géniteur. C'est que l'écriture est à la fois tributaire d'une ouverture sur le monde et d'un "jaillissement" intérieur, une situation paradoxale à laquelle le point final du premier jet confère un équilibre précaire. Une fois tout lancé sur le papier, en tout sens - en ayant fait le tour de tous les vents et de la rose: en allegro, en staccato, en legato, en rubato, sur le ventre, les mains, les pieds et sur le dos -, il est permis de constater une chose: le matériel a été livré, mais il repose en petits tas plus ou moins rangés près du site de la construction. Le premier jet, c'est la version IKEA de l'oeuvre. Vous revenez de chez le géant bleu et jaune.Vous avez le mode d'emploi, vous avez les outils. Vous disposez sur le plancher de la cuisine toutes les pièces nécessaires au montage de la table (avec tiroirs à ustensiles) et des quatre chaises que vous venez d'acheter. Vous vient alors l'envie soudaine d'inviter maman (ou papa, ou le patron, ou...) à dîner. Imaginez la suite... La Juvéniste



L'instant d'un "clic", du sable dans les rues de Liège, juin 2004.
La Juvéniste
Je l'ai retrouvé! Mon premier livre. Celui que je croyais perdu dans l'espace "dédalesque" de mon bureau se cachait entre deux essais littéraires sur les rayons de la bibliothèque du salon. Un petit aperçu de l'ouvrage qui m'a lancée sur la route des livres, un chemin pour les voyageurs de salon, certes, mais dont les ports exhalent, eux aussi, les effluves des épices exotiques. Ici, des odeurs fermières...
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La page couverture. On peut y déceler les outrages du temps... Il faut dire que le livre a mon âge... |
Mon image préférée. J'avais deux ans... |
En relisant l'ouvrage, je m'aperçois que l'illustration que j'aimais le plus est la seule, mise à part celle de la page couverture, à ne pas présenter maman, papa et son rejeton. La légende de cette page se lit comme suit:
"Le petit poulain aimerait aller avec sa mère, mais elle est de l'autre côté du ruisseau. Ce n'est pourtant pas difficile de sauter, n'est-ce pas?"
Intéressant! La Juvéniste se passionne pour les chemins "de l'autre côté du ruisseau", ces routes qui nous amènent à découvrir ce qui se passe sur l'envers du miroir...
La Juvexploratrice
Enfin de retour de cette semaine de congrès vivifiante sur le plan intellectuel, épuisante physiquement et réjouissante visuellement! Sur le chemin qui me ramenait à Montréal, laissant derrière moi clones, copies, doubles et tutti quanti, j'ai repris la route qui avait des airs de vacances. Quelques images croquées au fil des centaines de kilomètres entre Chicoutimi et la grande ville!
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| Du vert tendre à Sainte-Rose-du-Nord... un paysage majuscule, clone de celui que nous offre en minuscule, les mousses de la toundra... | Le passage obligé par le Fjord du Saguenay, lorsque la route entre Tadoussac et Saint-Siméon devient liquide... |
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| L'église de Port-au-Persil sur la rive nord du fleuve Saint-Laurent... | Une maison typique toujours sur la même rive et toujours à Port-au-Persil, ce petit village sur la route 138, le préféré de mon Lulu... |
Mois de mai... mois des bourgeons, mois de la nature qui daigne enfin ouvrir les yeux, les feuilles et les pétales, mois aussi... des congrès!

Photo: J.E. Lemay (ville de Chicoutimi, 1910)
http://bilan.usherbrooke.ca/bilan/pages/evenements/203.html
La juvé-chercheure erre pour la semaine sur d'autres terres que la blogosphère. En conférence... Où suis-je, où vais-je? À Chicoutimi!

La région, vue des airs (saguenay.free.fr/ chicoutimi.jpg)

Depuis l'autre rive...
De retour vendredi 13!
La Juvéniste
Nous avons maintenant la nôtre. Celle que La Presse a décrite comme la "très modeste parente de la TGB" a ouvert ses portes en fin de semaine dernière: la Grande Bibliothèque du Québec (GBQ).

L'intérieur de la GBQ (Photo: Patrick Sanfaçon, La Presse)
Au cours du dernier weekend, 18 000 visiteurs se sont déplacés pour découvrir ce nouveau topos de la culture québécoise. On dit déjà beaucoup de bien de l'Espace jeunes qui s'annonce acceuillant tant pour les chercheurs que pour les tout-petits.
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J'ai la très nette impression - cela n'étonnera personne - que je passerai un nombre incalculable d'heures au nouveau Centre québécois de ressources en littérature pour la jeunesse (CQRLJ)! Mais il y a plus encore: au fil des prochaines années seront numérisés de multiples documents qui deviendront ainsi disponibles pour l'ensemble de la communauté des chercheurs. Je ne me tiens plus de joie à la pensée que la première revue québécoise pour la jeunesse, L'Oiseau bleu, sagement pixelisée, pourra être enfin disponible dans un format qui en permettra la consultation. Mes dernières recherches à la Bibliothèque Nationale du Québec s'étant terminées par un sérieux examen de conscience quant à mon droit ne serait-ce que d'entrouvrir (je ne parle même pas ici de "feuilleter", ce qui aurait été d'une "violence" impensable!) ces documents rares et tombant littéralement en poussière, me voilà donc soulagée. Une bibliothèque invitante, donc, et chaleureuse dont on peut penser, d'ores et déjà, qu'elle s'inscrira dans l'imaginaire des jeunes d'ici. N'avons-nous pas tous, d'ailleurs, fichée dans un coin du coeur, une bibliothèque fétiche? Celle dont le souvenir exhale encore les odeurs des livres de l'enfance... |
Le portail "jeunesse" de la GBQ |
Je me rappelle ces après-midi de pluie ou de soleil passés dans l'un des fauteuils de la "library" de la petite ville où j'habitais enfant. Je me revois parcourir page à page l'Encyclopaedia Universalis avant de repartir chez moi le panier de mon vélo débordant de la quinzaine de livres que j'avais pu emprunter en utilisant les cartes de bibliothèque de toute la famille (il fallait bien contourner ce "maximum" de trois livres/semaine par personne!).
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La bibliothèque de mon enfance, aujourd'hui. Plus rien à voir avec celle d'hier... |
Cet espace-là, je l'ai dévoré, littéralement de A à Z. Je ne voulais rien manquer! Après avoir lu l'ensemble des livres de la section jeunesse, j'ai entrepris depuis la lettre A la lecture de tous les livres posés sur les rayons dits "adulte". Une aventure exaltante qui m'a fait découvrir les Colette, Dostoïevski, Flaubert, Woolf, de même que les Christie, Leblanc, Magali, etc. Grands comme "petits" (mais je ne connaissais pas à l'époque ces distinctions qui me feront parfois rager par la suite), je les ai tous lus. Leurs oeuvres ont accompagné mon adolescence silencieuse, ponctuée uniquement par le bruit de mes doigts secs (d'avoir trop fréquenté le papier!) pianotant les Bach, Haendel, Schumann et compagnie, ces autres qui assuraient le fond sonore de ma vie. |
Autant de rencontres auxquelles je dois - au terme d'une secrète alchimie - la découverte de la porte qui mène à la vie, la vraie, incarnée.
Bruissement de papier, odeur d'encre... légèrement vôtre,
Promenade dominicale. D'interdit et de liberté...

"Le civisme n'a pas de prix", dans une aire de jeux pour enfants

"La liberté n'a pas de prix", graffiti d'enfant dans une ruelle (photo: lulu)
Entre les deux, mon coeur balance...
La Juvéniste













