| Quand travailler à mon bureau ne m'inspire pas, je sors. De manière incontournable, mes pas me mènent au café du coin. En concert de fond, le babil des clients, pour la plupart des habitués de longue date. Des enfants, des vieillards, des jeunes branchés, d'autres qui font "années 70", des informaticiens, des écrivains, des journalistes, des spécialistes des relations humaines, des chômeurs, des déprimés, des survoltés, des discrets, des qui sont ailleurs... |
Mon café, côté ruelle. Même les murs, là, sur l'envers du décor,transpirent des mots de chacun. Et moi, pendant ce temps,j'écris. |
... avec leur têtes fraîchement coiffées, rasées, voilées, des Québécois, des Haïtiens, des Français, des Marocains, des Mexicains, des qui ne savent pas d'où ils viennent, des qui "prozaquent" leur existence, des qui inventent le monde en criant trop fort, des qui vous parlent, des qui vous regardent dans les yeux mais ne vous voient pas. Et dans le croisement hétéroclite de ces âmes de passage, il y a toute la chaleur des mots vivants.
Attentivement vôtre,
La Juvéniste
Samedi après-midi. Trop beau pour être à l'intérieur ... Promenade dans la ruelle
Une nouvelle catégorie: "Climats". Pour ces journées où les turbulences du temps ébranlent l'espace du blog.
Ou quand le blog se promène dans la rue...
Ruelle: "petite rue étroite"; (XVe siècle: "espace entre un lit et le mur")

La vie désaffectée...

ses cicatrices...

ses portes fermées.
La Juvéniste
Sur la table aux souvenirs...

Il y a l'océan Atlantique / Il y les plages du Maine / Il y a Caraquet / Il y a l'Acadie / Il y a la Minganie / Il y a le désert du Sahara / Il y a le mont Saint-Hilaire / Il y a les Rocheuses / Il y a la rivière Batiscan / Il y a la Baie-des-Chaleurs / Il y a le fleuve Saint-Laurent / Il y a des lacs et des rivières / Il y a des chemins qui courent
La Juvéniste
Depuis le temps que je les attendais... ils sont enfin arrivés cet après-midi! Tout frais de France. Ils ont mis plus de deux semaines pour traverser lAtlantique. Quand on pense quil ne faut que six heures en avion, on peut imaginer quils sont venus à pied. Les franco-clones trônent sur ma table de travail: 6 romans, un album, 1 petit ouvrage documentaire. Ajoutez à cela deux autres titres que je n'ai pas encore eu le temps de parcourir: 10 titres à lire et à analyser au cours des deux semaines qui viennent, car le 11 mai arrivera bien vite. Le temps subit une compression étrange chaque fois que je dois préparer une conférence!
Malgré le fait quil me faille plonger rapidement dans cette mer de clones, je vais quand même prendre le temps de les regarder. Tout d'abord, question de dresser la table avant de consommer, je propose, en amuse-gueules, les entours des uvres, ces couvertures aux illustrations et aux titres qui alimentent le mystère et ces textes en quatrième de couverture qui viennent le renforcer.
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| Paul Thiès, Alpha Clone, Paris, Rageot-Éditeur, 2004. | Christophe Lambert, Clone Connexion, Paris, Mango Jeunesse, 2002. |
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La Terre, dans un avenir lointain. En ce siècle chaotique et décadent, David fait figure de privilégié. Comme tous les Alphas, il mène une vie de plaisir sans courir le moindre risque puisque son clone peut lui être sacrifié. Mais un jour, sa vie bascule. Accusé de nêtre quun clone lui-même, David est emprisonné. Il sensuit une quête de sa véritable identité. Un roman danticipation troublant sur la mémoire et lusurpation didentité. Paul Thiès crée une société où les apprentis sorciers auraient réussi leurs expériences médicales et leurs manipulations mentales, tandis que les classes sociales seraient des castes imperméables à tout métissage. Dans des prisons dorées, clones et Alphas se déchirent ; au-dehors, la jungle a repris ses droits sur les centres urbains et les sous-hommes guettent le moment propice Une fiction singulière sur le sentiment dangoisse et de décadence, le rapport de lhomme au monde, auxquels seuls la beauté et lamour peuvent apporter une réponse. |
L'Internet est mort, vive L'Intersphère ! Enveloppant la Terre, ce champ de forces invisible contient des milliards de données. Mais pour y accéder, il faut passer par des êtres humains appelés " connecteurs " et capables de surfer sur cet océan d'informations grâce à leurs facultés psychiques. C'est parce qu'il possède de tels pouvoirs que le jeune Frédéric Lorca est engagé par la Com. Amalgam, l'entreprise à l'origine de ce web du futur. Peu après, Frédéric apprend qu'une terrible menace se cache dans l'Intersphère. Il décide de mener l'enquête. Finira-t-il par découvrir l'effrayante vérité ? Et lui-même, qui est-il réellement ? |
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| Jean-Pierre Hubert, Sa majesté des clones, Paris, Mango jeunesse, 2002. | Frère Éric, de Taizé, Le musée des clones, Paris, La joie de lire, Genève, 1999. |
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Fuyant à bord d'une navette spatiale l'attaque brutale de leur station-école par les redoutables Arachnos (des extraterrestres ressemblant à de monstrueuses araignées), une vingtaine d'enfants terriens échouent sur une planète déserte, en bordure d'un lagon. Ces Robinsons de l'espace vont devoir apprendre à survivre dans un environnement hostile, mais surtout à faire face aux graves rivalités qui menacent leur groupe. D'autant plus qu'ils découvrent l'épave d'un vaisseau arachnos renfermant une mystérieuse machine capable de cloner toute matière vivante passant à sa portée... |
Pour Mariona, les tableaux " c'est comme des fenêtres ouvertes sur le monde, le monde passé ou d'aujourd'hui, un monde réel ou imaginaire. Ça permet de voyager dans le temps et l'espace, de rêver... " Mais comment aurait-elle pu imaginer qu'une simple visite au musée les entraînerait, elle et son ami Ali, dans une aventure exotique, futuriste et... explosive. |
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| Jocelyne Sauvard, Le clone noir, Paris, Syros, 1999. | Birgit Rabish, Jonas 7 : clone, Paris, Livre de poche jeunesse, 2003. |
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" A ma droite, un gars d'une vingtaine d'années environ, noir de peau et somnolent, s'abritait derrière ses verres mauves. Quand l'avion décolla, il ôta ses lunettes, se tourna vers moi et j'en éprouvai un choc. Ahurissant la ressemblance. C'était moi en plus vieux et en plus coloré. " Mathieu part au Sénégal retrouver son père qu'il n'a jamais vu. Sur les pistes africaines, il croise des personnages étonnants et rencontre un garçon qui lui ressemble étrangement. Mais ce double est assassiné... Mathieu est-il lui aussi en danger ? |
La serre, c'est là où vit le clone Jonas 7. Avec ses compagnons, les autres clones. Leur seul devoir est de rester en bonne santé et leur seule hantise : attraper la destrose, une terrible maladie qui conduit inexorablement à l'amputation d'un membre ou à l'ablation d'un organe... Jonas 7 s'interroge : qui se cache de l'autre côté du Mur |
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| Claudine Desmarteaux, Je veux un clone, Paris, Seuil Jeunesse, 2002. | Hazel Richardson, Comment cloner un mouton, Cologne, Köneman, 2000. |
| (Sur la quatrième de couverture, petite illustration du problème qui suscite le désir d'avoir un clone...) |
Comment... cloner un mouton te donne le mode d'emploi pour devenirun apprenti généticien. Tu y apprendras l'histoire complète de Dolly la brebis, tu découvriras comment construire une cellule modèle, comment copier un ADN, et même comment cloner des plantes et des animaux chez toi! |
Ne manque plus que Lattaque des tomates qui tuent, euh
(quatre heures du matin au Québec et le cerveau lent) Lattaque des clones, un dérivé de StarWars. À suivre...
Doublement vôtre,
La Juvéniste
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Larticle sur le TOP4 du scribouilleur a eu une fortune étonnante (fortune relative, jen conviens, mon lectorat nayant pas encore atteint la fleur de lâge!). Le TOP4 décrit, je le rappelle, les qualités qui, selon moi, sont essentielles pour lécriture de fiction quelle soit pour les adultes ou destinée à la jeunesse. Rien de prescriptif dans mon propos. Quune forte intuition. Jusquici, jai laissé en plan lincontournable « maîtrise de lécriture » (comprenant non seulement la connaissance des règles grammaticales, mais également celle des procédés littéraires). Je profiterai de la découverte des Five Tips for Writing Children's Literature - cinq trucs infaillibles de Writers Digest - pour glisser quelques mots sur la question. Voici donc la description de la recette de WD et les commentaires de la goûteuse. |
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La recette de Writers Digest
(traduction libre)
- Une idée par phrase. Écrivez simplement et sans falbalas. Si une phrase nécessite une virgule en tout autre lieu que dans les dialogues, fractionnez-la en deux phrases.
- Évitez les clichés. Souvenez-vous de votre public. Le cliché peut être une nouveauté pour la plupart des enfants et, ici, la familiarité naméliorera pas la compréhension.
- Soyez « littéral ». Lécriture des livres pour enfants doit être concrète. Mettez laccent sur les informations qui renvoient à une perception sensorielle renvoyant aux cinq sens.
- Créez des dialogues captivants. Vous pouvez exprimez plus de choses sur vos personnages par le biais de leur discours que vous ne le pouvez par une simple narration. Aussi, comme votre livre risque fort dêtre lu à haute voix, la présence de différentes voix pouvant être « jouées » rend votre livre plus attrayant pour ladulte et plus agréable pour lenfant qui lécoute.
- Demeurez simple. Le truc en littérature pour la jeunesse est demployer le moins de mots possible. Évitez les adjectifs et les adverbes quand vous le pouvez, au profit de verbes daction. Par exemple, au lieu de dire « il sen va au plus vite », dites « il détale ».
Les commentaires de la Juvéniste
- Priver les enfants de la virgule (ô signe séduisant; étymologiquement « petit trait », « accent ») est superfétatoire. Pas étonnant que les jeunes daujourdhui en ignorent lusage. La privation de la virgule menace la voix de la nouvelle génération, la pause étant un des essentiels de la conversation. Pire encore, elle laisse craindre la mort de la phrase complexe, lagonie de la proposition dépendante! « Mon frère, tout petit quil soit, est un géant » deviendrait sous le coup de la « règle du fractionnement » : « Mon frère est un géant. Mon frère est tout petit ». Le lien entre les propositions est essentiel pour établir une relation entre les idées. Perdre la virgule, revient à érailler le fil de la pensée. Cest un « pensez-y bien ».
- Éviter le cliché parce quil met en péril la compréhension. Voilà une bien curieuse affirmation. Éviter le cliché, daccord. Parce quil met en péril la compréhension, bizarre. Un cliché est un symptôme de sclérose du langage. Il est reconduit par tout un chacun et, à mon avis, se trouve à la portée des connaissances langagières des enfants. Cela dit, si la lecture de « il avait la tête dans les nuages » provoque, chez un enfant, un regard vers le ciel, le démontage du cliché aura suscité un geste poétique. Si, au contraire, lenfant y reconnaît le rêveur, il aura trouvé dans le texte un lieu de reconnaissance qui marque son appartenance au Club de ceux-qui-savent. Les clichés ont-ils leur place en littérature. Oui, sils nous forcent à regarder vers le ciel, à chanter sur un nouvel air un refrain connu. Cest ce que fait Prévert dans Cortège, jouant sur les expressions figées du langage - « Un compositeur de potence avec un gibier de musique » - ou sur des formulations que lon croit sans potentiel poétique : « Un membre de la prostate avec une hypertrophie de lAcadémie française ».
- Demeurer littéral. Opter pour le concret. La métaphore en prend ici pour son rhume. Or, nest-ce pas elle qui, entre autres, fait luvre littéraire. Ne lui doit-on pas souvent lépaisseur du texte, sa richesse. Nest-elle pas responsable, aussi, de limpulsion de lécrivain dont Wallace dit quelle résulte dun « motive for metaphor » (Oates, 2004)? Si Lewis Carroll avait opté pour le concret, Alice flotterait encore dans les limbes.
- Créer des personnages captivants. À cet égard, je suis tout à fait daccord. Le personnage est, dans le texte, un lieu dancrage pour lenfant. Soit il sy identifiera, soit il projettera sur lui ses désirs, ses angoisses.
- Être « simple ». Employer le mot juste, faire attention à la redondance qui accompagne souvent la surenchère des adjectifs ou des adverbes, certes. Mais limiter bêtement le nombre de mots sous prétexte que les lecteurs sont des enfants, non.

Je me répéterai. Écrire est un travail. Lart du ciselage verbal demande des années de pratique : maîtriser la langue, dans un premier temps; jouer ensuite avec elle. Tout cela, enfin, pour trouver sa voix. Et les enfants ont droit à lensemble du chur
Scripturalement vôtre,
La Juvéniste
À côté de mes livres anciens...

Il y a le temps figé / Il y a le médaillon doré / Il y a l'aiguille-filigrane / Il y a une urne de terre cuite / Il y a les rouleaux de la mer Morte / Il y a l'argile marbrée / Il y a l'ombre d'un homme / Il y a les bras étendus pour une danse / Il y a le temps pétrifié / Il y a la vie qui continue
La Juvéniste
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Mon premier livre, je m'en rappelle comme si c'était hier. D'autant plus que je l'ai encore et que je le ressors, parfois, à l'occasion d'un cours, ce qui fait sourire mes étudiants. J'avais deux ans lorsque ma grand-mère m'a offert l'album, un imagier présentant les animaux de la ferme avec leurs petits. Si les images étaient intéressantes - à la mode des années 60 et aux couleurs savoureuses de l'imprimerie hollandaise -, si je ne me lassais pas de regarder la vache et son veau, dame canard et son caneton, etc., si j'aimais tourner moi-même les pages épaisses de cet objet fascinant, il reste que les mots, les signes, m'intéressaient davantage que les illustrations. Comme Pythagore qui croyait au Quid - ce feu intérieur qui, sortant de l'oeil, permet la vision -, je croyais ma grand-mère dotée d'un pouvoir magique qui lui permettait de déchiffrer ces traces bizarres que mes yeux voyaient mais ne décodaient pas. Peut-être cette magie lui venait-elle de son nom de famille, Galarneau, qui, pour les Québécois, signifie le "soleil" ("Tiens! Galarneau s'est pas levé à matin"). Ce qu'elle me disait différait de ce que je pouvais percevoir. Ses paroles dépassaient l'étendue de l'image pour m'amener ailleurs. C'est cet ailleurs qui m'a menée en littérature. Je ne doute pas qu'il y ait, aux recoins de la mémoire de chacun, un livre qui sommeille. Celui-là, le premier noeud du fil rouge auquel tous les autres viendront s'arrimer._.. __... ___.... ____..... _____. |
Tante Lucille, conteuse radiophonique, qui a rendu magiques les samedis de mon enfance, tous les weekends sur les ondes de Radio-Canada. |
Toujours de découvertes en découvertes,
La Juvéniste













