J'ai déjà évoqué la patience, la persévérance, l'espoir. Autant de qualités qui font le bon écrivain. Reste la discipline qui participe de toutes les autres, mais qui a sa personnalité propre. Dixit le Petit Robert, l'étymologie de "discipline" renvoie à "punition, ravage, douleur". Belle perspective!
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Dans le dico des proverbes, nada! Rien sur la discipline. Il faut fréquenter Alain Rey ailleurs que dans l'espace contraint du Petit Robert (prenez plutôt rendez-vous dans le Dictionnaire historique de la langue française - LA "bible") pour enfin trouver des racines plus douces à ce mot qui entretient des liens de parenté avec "massacre", "carnage" et "calamité"! Emprunté au latin disciplina, dérivé de discipulus (disciple) qui signifie "action d'apprendre, de s'instruire", et par suite "enseignement, doctrine, méthode", "éducation" et "formation militaire"; enfin par extension, le mot désigne les principes, les règles de vie. (Rey, 1998) Merci Alain Rey! |
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Écrire, de fait, est aussi s'instruire. Si ce n'est sur le monde (quoique qu'il soit difficile d'y échapper), du moins sur soi-même. Et pour cela, la discipline demeure essentielle. L'écriture d'un blog, en cela, est exemplaire. Sans la régularité, cousine germaine de disciplina, le blogueur se transforme en "siteur" (écrivain de site?), menacé de sclérose. Il doit, en outre, apprendre de multiples choses qui débordent la sphère du geste d'écriture. Voyez ce nouveau design de mon blog. Pas parfait, j'en conviens. J'ai dû, pour en arriver là (comme le chantait Dalida), parcourir les fils du forum, tenter de me faire une tête sur le sujet, apprendre une nouvelle langue (je ne CéSSais pas avant. Merci Francisek pour le générateur de codes!). Pendant tout ce temps, cependant, un manuscrit de roman inachevé dormait dans mon cartable.
Je dois me faire la morale: "Il me faut savoir m'arrêter, reprendre là où je me suis laissée, quitter l'agréable pour le nécessaire, etc". Je demeure ininfaillible et la discipline me force à tout conjuguer au "judéo-christianiste imparfait". Mais je n'ai pas dit mon dernier mot! Allons les enfants! Un peu de calamité!
Rigoureusement vôtre,
La Juvéniste
Modelage...

Il y a un personnage / Il y a ce drapé / Il y a ce mouvement / Il y a cette fixité / Il y a ce regard / Il y a cette roche / Il y a le vent / Il y a la mer / Il y a des livres / Il y a des points de broderie / Il y a mes mains / Il y a mes doigts couverts d'argile blanche / Il y a la poussière qui s'accumule
La Juvéniste
Ce n'est pas moi qui le dit. Lisez n'importe lequel des ouvrages écrits par des auteurs sur leur travail d'écriture, tous en viennent à parler de l'importance de la persévérance. Car il n'y a pas de miracle. Écrire est un travail, un "artisanat". L'art vient après. Quand le premier (le deuxième, le troisième, le quatrième... jet est pondu, poli, repoli, lustré, ciré, ... fini). Comme le dessinateur fait ses esquisses, l'écrivain cent fois sur la table remet la feuille raturée ou cent fois sur l'écran appuie sur la touche "effacer".
Pendant des années, j'ai écrit. Des débuts de roman, des débuts de recueil de poésies, des débuts de nouvelle, des débuts d'essai. Si j'ai pu finir certains de ces projets, plusieurs sont demeurés orphelins. Rangés dans des boîtes, ils supportent en ce moment - ironie du sort! - mon imprimante. J'ai même commencé, l'an dernier, un roman en forme d'analyse un peu psycho-scripto-humoro-littéraire sur l'ensemble de ces commencements avortés. Les "morts- dans-l'oeuf" ne se sont pourtant pas levés et ils dorment toujours dans leurs cartons. Quel était mon problème? La persévérance aurait dû me demander une humilité de tous les instants; je n'y arrivais pas.
Je suis relativement humble de nature (j'ai l'impression que cela fait prétentieux de le dire!), mais je ne peux supporter, dès lors qu'il s'agit d'écriture - littéraire ou professionnelle, s'entend - échouer en ne produisant pas page à page (et chronologiquement, de la page 1 à la page 2, de la page 2 à la page 3, etc.) du "parfait". Or, une telle situation peut mener à la catastrophe! Écrire 6 lignes, réécrire ces 6 lignes. En couper la moitié. Aux trois lignes restantes, ajouter deux phrases. Réécrire ces phrases et retourner à l'unité. Une seule phrase. Puis, non. Un seul mot. Puis - gomme à effacer, s.v.p. - plus rien. Re-page blanche. D'un roman écrit de cette manière et que j'ai su tant bien que mal mener jusqu'à ses 150 pages (comme on accompagnerait chaque jour un enfant jusqu'à ses 18 ans), il ne me reste plus aujourd'hui qu'une trentaine de pages. J'ai donc eu, pendant longtemps, une patience infinie, cela va sans dire! Mais, la persévérance, elle? Celle nécessaire pour mener à terme un bouquin... Je devrai avouer qu'elle m'échappait quand il s'agissait d'écrire de la fiction, qu'elle me filait entre les doigts. Malgré le travail acharné, toujours le sentiment que je n'y arriverais jamais.
Cette année, l'année glorieuse de la sabbatique: changement total de cap. Je viens de terminer l'écriture d'un ouvrage critique sur l'oeuvre d'une auteure québécoise pour la jeunesse, Dominique Demers et mon dernier projet romanesque, lui, rayonne de santé. Plein de vie, de défauts aussi. J'en suis à la moitié (160 pages). Tout ça, en quelques mois. Pourquoi? J'ai compris que le premier jet n'avait pas à être parfait. Que le plus important quand on a une idée en tête, c'est, tout d'abord, de la mener à terme. Qu'il s'agisse d'un essai, d'une analyse ou d'un roman. Une fois tout jeté sur le papier, vient alors le temps de reprendre. C'est ce que je n'avais pas compris. C'est ce qui explique que, tant de fois, je me sois perdue en route.
Cet après-midi, en lisant The Faith of the Writer (New York, Ecco Press, 2004) de Joyce Carol Oates, j'ai compris qu'à la persévérance devait s'ajouter, dans le Top4 du scribouilleur, l'espoir. "Je finirai". Pour arriver au terme de tout projet, il n'existe pas d'autre solution pour moi (elle peut valoir pour d'autres, je l'espère) que celle qui consiste, tout bêtement, à avancer. Aucun retour en arrière, marcher droit devant. Étrange de penser que ce qui m'est si naturel dans la vie, devienne obsolète et non avenu lorsque j'écris!
Les phrases de Joyce Carol Oates (comme la petite phrase de Vinteuil chez un autre...) résonneront longtemps dans mon esprit:
Only have faith: the first sentence can't be written until the last sentence has been written.
Only then do you know where you've been going, and where you've been.
The novel is the affliction for which only the novel is the cure. (Oates, 27-28)
Pleine d'espoir,
La Juvéniste
OBJETS FÉTICHES. Objets dotés d'une âme. Une nouvelle catégorie à la manière d'Apollinaire. "Il y a..."
Sur mon bureau...

Il y a une réplique des soldats de bois des soeurs et frère Brontë / Il y a un petit chat de verre qui pêche un poisson bleu / Il y a un rorqual bondissant / Il y a, sur une médaille, le presbytère de Haworth / Il y a Sartre et Beauvoir contingents / Il y a Giotto revu par Paterson Ewen / Il y a un timbre-puzzle sur l'alphabétisation / Il y a une babiole chinoise en souvenir de l'année du Singe / Il y un trio / Il y a Chopin, séparé de Sand / Il y a un mot grec / Il y a une boîte d'allumettes
La Juvéniste
| Il y a ces objets qui atterrissent sur la table de travail de l'écrivain. Mémoires d'ailleurs. Parcelles d'univers. À décrypter. |
Précieux cadeau d'une amie Une météorite trouvée dans le désert Mojave (Californie) |
Dans la série de mes lectures portant sur le clonage dans les oeuvres de fiction pour la jeunesse: deux nouveaux titres de l'auteure canadienne-anglaise, Carole Matas.
"Encore des oeuvres en anglais?" me direz-vous. Rassurez-vous. Mes notes de lecture sur les titres publiés dans la langue de Molière suivront dès que la commande que j'ai faite par voie électronique sera honorée! Il faudrait d'ailleurs qu'elle arrive bien vite puisque la communication que je dois présenter est prévue pour le 11 mai, dans le cadre du congrès annuel de l'ACFAS (Association canadienne-française pour l'avancement des sciences). Pour l'heure, je n'ai réussi à dénicher dans les librairies de Montréal que deux titres dont je vous parlerai bientôt: Clone à risque (Ottawa, Pierre Tisseyre, 2004) de Diane Bergeron et "L'espionne et les clones" de Marie-Aude Murail publié dans la livraison de novembre 2004 du magazine J'aime lire (numéro 173).
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Le diptyque de Carole Matas sur le clonage |
Revenons donc à nos anglo-clones! C'est sous la rubrique "Fiction of Today" que se trouvent répertoriés dans le site de l'auteure les romans Cloning Miranda (Markham, Scholastic, 1999) et The Second Clone (Markham, Scholastic, 2001). Écrites à la suggestion de l'agent de Carole Matas, révisées par des spécialistes de la génétique, ces oeuvres pourraient s'inscrire sous la rubrique "roman socioréaliste", mais par anticipation! De fait, bien qu'elle ne comporte aucune indication temporelle, l'histoire se situe dans un aujourd'hui potentiel. En témoigne, par exemple, une blague sur les blondes (...!).
Atteinte d'une maladie incurable, Miranda découvre non seulement qu'elle est le clone du premier enfant de ses parents, mais qu'il existe également une copie parfaite d'elle-même: "Ten", créée et élevée en laboratoire pour fournir, au besoin, les organes ("body parts" (113)) nécessaires à sa survie ("I am unimportant. I live only to serve you" (129)). S'ajoute à ce double symboliquement baptisée "Ariel", une "triplette" qui recevra, elle, le nom de la première femme (du moins, d'un point de vue biblique): "Ève". L'ensemble de la suite romanesque met en lumière les interrogations philosophiques de Miranda et de ses copies sur l'essence qui fait notre humanité ("I wasn't born. I was created (...) I'm a freak. A monster. A thing. It's why I'm so smart. (...) They made me smart. (...) Go home, Emma. Go find a real friend" (122)). La réponse d'Emma, la meilleure amie de Miranda, à l'affirmation "I'm just a bunch of DNA programmed to behavein a certain way" (123) fournit l'élément-clef de la réflexion qui traverse l'oeuvre de Matas: "we're all like that. I mean we all get certain traits passed on" (123).
Comme dans le roman Unique, aucune poursuite ne sera intentée contre les responsables du clonage (ici, tout autant les parents de Miranda que le médecin). De fait, l'héroïne réalise qu'une action en justice aura pour effet pervers d'attirer sur elle l'attention des médias du monde entier et que sa quiétude sera, à jamais, rompue.
Si l'efficacité narrative ne fait aucun doute dans le premier tome du diptyque, les péripéties du second roman s'avèrent peu crédibles. Les éléments didactiques inhérents à ce type d'ouvrage sont, cela dit, assez habilement intégrés à l'histoire. Enfin, les relations intertextuelles que permettent, entre autres, d'établir les noms de Miranda et d'Ariel avec l'oeuvre dramatique de Shakespeare (The Tempest) contribuent à étoffer le propos.
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Une recherche dans internet m'a permis de découvrir que le laboratoire de création "Le Gousset Vide" (Paris) prépare "un spectacle en humour noir qui, réexplorant le personnage de Miranda de "La Tempête" de Shakespeare jette un regard acerbe sur les moeurs de notre société occidentale contemporaine" intitulé "Cloning Miranda". S'agit-il d'une adaptation théâtrale du roman ou d'une simple reprise du titre de Carole Matas? Je ne sais pas ("humour noir" me fait douter). À suivre. |
La Miranda de Shakespeare vue par John William Waterhouse |
"O, wonder!
How many goodly creatures are there here!
How beauteous mankind is! O brave new world,
That has such people in't!"
(Miranda)
William Shakespeare
The Tempest - acte V, scène I
Humainement vôtre,
La Juvéniste
Est-ce qu'écrire pour la jeunesse sous-entend une vision du monde particulière et un type singulier d'imagination?
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L'interrogation est-elle même pertinente? Comme elle relève d'une connaissance de la psyché des auteurs et que celle-ci ne m'est pas accessible - à moins, bien sûr, de me lancer en recherche-action et de faire des tas d'entrevues avec les auteurs. Et là encore... La réponse que je propose relève plus d'une réflexion personnelle que d'une étude particulière que j'aurais pu faire sur le sujet. |
Aujourd'hui, c'est le printemps au Québec... Une épervière de l'an dernier pour inviter les fleurs à sortir de leur tanière... |
Au fil de mes lectures, la question m'est souvent venue. Et pour cause. Romans "pour adulte" et romans "pour la jeunesse" abordent une foule de sujets similaires. Or, il est incontestable que s'ils se croisent sur le plan de leurs thématiques, ces romans apparentés se distinguent par le traitement qu'on y fait du sujet "x", "y" ou"z".
La question ressurgit aujourd'hui à la faveur d'une activité qui diffère de celle de mon travail quotidien en herméneutique (interprétation des oeuvres) et de mes travaux théoriques. Je suis à écrire un roman pour la jeunesse et c'est en regard de cette expérience très concrète de l'écriture qu'elle refait surface.
Faut-il adopter une vision particulière du monde? se placer dans la peau du jeune lecteur pour écrire? "tordre" son imagination pour ce faire?
Pas tout à fait, il me semble. Si la prise en compte des connaissances que j'ai de la jeunesse actuelle peut, à certains moments, influer sur mon écriture, je constate qu'elle n'entrave en rien mon imagination qui demeure toujours libre, sans limites. Il reste, cependant, que la vision du monde qui perce dans l'univers romanesque que je construis est tributaire du lecteur auquel je destine ma création. Ne serait-ce que par la prioricensure (le terme est de l'auteur Daniel Sernine) inhérente à cette écriture motivée par une intention première, celle d'être destinée à un jeune lecteur. Je me leurrerais si je disais qu'elle n'existe pas. Bien que le terme "censure" puisse comporter des connotations négatives, il s'agit là, selon moi, d'un mal nécessaire. Pour des considérations éthiques (j'ai déjà évoqué cela ailleurs), s'il est possible de tout dire et de parler de tout en littérature pour la jeunesse, il faut toutefois en trouver la manière. Cette recherche de la forme juste participe de la prioricensure. On ne peut impunément s'adresser à des jeunes de 12 à 15 ans sans tenir compte du fait qu'ils sont dans une période, sinon chaotique (pour certains, elle le sera), du moins délicate de leur vie. À 12 ou 15 ans, nous sommes des êtres en formation. (Nous le serons toujours par la suite, mais de manière différente...)
Dans un autre ordre d'idée, disons que je me vois obligée de constater combien l'enfance de l'auteur (je parle pour moi!) offre matière à la création. Sachant que j'écris pour les jeunes, je ne peux m'empêcher de retourner à mes propres souvenirs. À ce titre, ce n'est pas tant une "vision particulière du monde" tel qu'il est aujourd'hui qui constitue le trait marquant de mon écriture, mais "une conception singulière de l'enfance". Il existe, me semble-t-il, une sorte de "biocentrisme" (centrement sur la vie de l'auteur) incontournable, dès lors qu'il est question, pour les adultes écrivant pour la jeunesse, de créer des personnages enfants ontologiquement crédibles. Aux impressions et traces fugaces qui me restent de l'enfance s'ajoutent également les fruits d'une observation contemporaine. Autour du point central "énergétique" produit par l'activation de mes souvenirs viennent se greffer les images, les sensations, les sentiments générés par un contact quotidien avec de jeunes enfants ou avec des adolescents. C'est le croisement de ces diverses sources d'inspiration qui s'opère dès lors que j'envisage, par exemple, les réactions d'un personnage à une situation donnée.
À la question à deux volets posée plus haut, je répondrai donc "pas nécessairement", "oui et non", "peut-être". Ceci pour dire combien l'écriture, même si elle est "destinataire-oriented" demeure un processus individuel. Même les politiques éditoriales - le formatage des collections, par exemple - ne réussissent pas à l'endiguer. Il y a toujours une "main" qui écrit et une encre aux nuances uniques qui coule sur le papier.
Il y aurait encore bien des choses à dire sur la question, mais je m'arrêterai ici, travail oblige. À suivre ...
La Juvéniste










