Pourquoi lire quand il y a tant à faire?

Publié le par La Juvéniste

Comme disait l'autre, "Pourquoi chanter quand il y a tant à faire?" (Chanson de Luc Granger) 

Pourquoi lit-on, en fait? La question a ressurgi ce matin, au hasard d'une réflexion sur un problème théorique en lien avec la réception des oeuvres écrites à l'intention des adolescents.

Cet après-midi, exit la théorie. Pourquoi lit-on? Tout simplement...

En repensant au plaisir que m'apportait autrefois la lecture de mon livre fétiche - Jane Eyre de Charlotte Brontë -, je me suis rappelée ces nombreux étés où, assise sur la terrasse, bien calée dans un fauteuil "adirondack", je quittais le monde des vivants pour entrer dans l'univers des mots. Au bout de quelques secondes, ces mots - par un processus alchimique mystérieux qui me faisait les confondre avec les moucherons - disparaissaient complètement pour déplier, comme un origami, un espace aux plis bien nets. Ces plis, je les reconnaissais pour ce qu'ils étaient, les limites d'un tableau qui me plaisait et dans lequel, souvent, il m'arrivait de pouvoir capter mon propre reflet. Cette expérience d'inquiétante étrangeté était doublée de la certitude que j'arriverais un jour, par la voie des lettres, à saisir tout ce qui m'était inconnu et qui était couché, là, sur le papier.

Pourquoi lit-on quand il y a tant à faire? Pour se reconnaître, mais aussi pour s'oublier dans les Autres,  pour prêter vie aux  fruits de la pensée de l'inconnu(e) qui écrit. Lire aiguise notre regard sur le réel.

Si la lecture nous soustrait en quelque sorte à la vie, c'est pour nous obliger à prêter la nôtre pendant quelques instants.

Lire, après tout, est peut-être un acte de générosité.

La Juvéniste

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