La vie comme fiction

Publié le par La Juvéniste

Quand on en vient à la création, tout ce qui nous entoure mérite d'être observé d'un regard vierge. Dans le premier article - Le TOP4 du scribouilleur - de cet "Atelier d'écriture", j'évoquais la nécessaire faculté d'observation qui alimente l'imaginaire de l'écrivain.

Innombrables, de fait, sont les occasions d'exercer cette faculté. Chaque jour, chaque heure, chaque minute et chaque seconde qui s'ajoutent à notre expérience offrent matière à la création. Événements, lieux, gens, objets, paroles, etc. devraient, à ce titre, se retrouver sur la table de travail du scribouilleur. Pourquoi ne pas noter dans un petit carnet ces éclats du quotidien, pourquoi ne pas figer sur la pellicule ces images qui, autrement, iront se dissoudre dans le magma informe de la pensée qui passe?

Mes petits dimanches ordinaires sont peuplés de merveilles. Des perles que j'enfile, vers 10 heures, le dimanche, avant la messe. J'observe les croyants qui entrent dans la maison de pierre où se cache leur dieu. Depuis ma fenêtre, celle-là qui a fait office de glacière en des temps maintenant révolus (voir Entre deux fenêtres, et vive le nouveau frigo!), je les vois, chaque dimanche, en procession. Comme des petits grains de chapelet sur le trottoir. Parmi ces perles brutes, des personnages qui défilent à travers les carreaux de la cuisine.

 Il y a cette dame vêtue de vêtements étranges, tricotés de toute évidence de sa propre main. De nouveaux atours chaque semaine, toujours aussi troublants. Cette photo prise au début du printemps (pas parfaitement claire... difficile l'hiver de laver les carreaux à l'étage!) illustre bien la préséance de la vie sur la fiction. Il n'y aurait pas, de fait, de fiction possible s'il n'y avait la vie elle-même pour lui donner naissance. La vie est d'autant plus complexe que même l'oeil aiguisé en rate parfois les détails. Voulant capturer l'image de Madame X, j'ai également saisi celle de Madame Y. Un assemblage étonnant que je n'ai vu qu'après coup.  

Comme quoi l'oeil de lynx est un organe en évolution. Comme quoi, également, l'épaisseur de la conscience dépasse la somme de ses parties! Enfin, la beauté dans tout cela, c'est que, même en ne sortant pas de chez soi, le monde demeure accessible.

Cela me rappelle un très joli poème qui, avec le titre, fait trois lignes.

 

LES GRANDS VOYAGES

J'étais chez moi.

Je suis toujours chez moi.

Albert Bernard

 

Regardez autour de vous!

La Juvéniste

 

Publié dans Atelier d'écriture

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