Carré rouge

Publié le par La Juvéniste

Sous le signe du carré rouge  ("Carrément dans le rouge"), les manifestations étudiantes qui ont coloré le début du printemps québécois sont maintenant terminées. Plus d'un mois de manifestations extraordinaires si l'on considère le passé récent du mouvement associatif étudiant au Québec.

Les motifs de ces actions étaient plus que légitimes. Mettant en péril l'avenir de l'éducation des jeunes Québécois, les dernières politiques du gouvernement Charest menaçaient l'accès des plus démunis aux études collégiales et supérieures.

 

Après une série de tractations avec un gouvernement dont les faiblesses et les erreurs s'étalent chaque jour sur la place publique, les étudiants ont finalement accepté les propositions de Charest et sont retournés sur les bancs des collèges et des universités terminer cette session qu'ils avaient, pour la plupart, acceptés de perdre advenant l'impossibilité d'une résolution rapide du conflit. Les étudiants ont-ils gagné, ont-il perdu au change? L'avenir le dira. Michel Venne dans sa chronique de ce matin - "Hey, les jeunes! Vous avez gagné" - y va de sa réponse:

"Vous avez forcé un gouvernement à admettre encore une erreur grossière, une injustice flagrante,pourtant ignorée jusque-là  par la majorité de vos concitoyens.
Vous l'avez fait reculer.
Vous avez obtenu le réinvestissement, sous forme de bourses, de près d'un demi-million de dollars sur cinq ans, littéralement volés aux plus démunis d'entre vous.
Mais, surtout, vous avez vaincu l'indifférence." (Le Devoir)

Indifférence vaincue?

S'il est vrai que, dans toutes les chaumières du Québec, il aura été impossible de passer à côté de l'événement et que la convergence médiatique autour des manifestations aura encouragé tout un chacun à prendre position, il reste que, tout au long du dernier mois, je me suis demandée chaque jour la même question: "Où sont les adultes dans toute cette histoire?" Si des départements universitaires ont fait paraître des encarts dans les journaux pour manifester leur appui au mouvement, si les syndicats nationaux ont gracieusement fourni aux étudiants les autobus nécessaires à leurs déplacements, pourquoi la frange adulte - pourtant solidaire - de notre société n'a-t-elle pas signifié de manière plus évidente son appui à la cause des étudiants? Que dire des profs des cégeps qui ont profité du mouvement général pour décréter une journée de grève mettant de l'avant leurs propres revendications alors que toute l'attention aurait du converger vers celles des étudiants?


La désaffection de ceux-là même qui, dans les années 60 ou 70 étaient dans la rue, je la retrouve de manière plus subtile dans les romans écrits pour la jeunesse au cours des 25 dernières années. Je suis frappée par le fait que, depuis 1980, les figures parentales, par exemple, sont pour ainsi dire expulsées des romans québécois pour la jeunesse. Or, ces oeuvres écrites par des adultes pour des jeunes reconduisent une vision bien triste des relations (ou de leur absence) existant entre les adolescents et ceux qui ont atteint l'âge de la "maturité". Je suis tentée d'y voir l'un des malaises symptomatiques de notre civilisation : la mise sur un piédestal de la "jeunesse". Pas des jeunes, mais de la jeunesse comme "état permanent". Comment, à ce titre, les adultes d'aujourd'hui - dont les efforts sont légion pour conserver illusoirement une jeunesse depuis fort longtemps chose du passé - pourraient-ils, généreusement et altruistement regarder ceux-là qui sont dans la fleur de l'âge, les supporter? Les adolescents d'aujourd'hui n'ont-ils pas, plus souvent qu'autrement, 40, 50 ou même 60 ans...

Le carré rouge était une invitation...

La Juvéniste

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