Vous écrivez un roman, une nouvelle, un recueil de poèmes? Vous ressentez l'urgence d'imprimer ces pages sur lesquelles vous avez versé larmes (pour certains) et sueur (pour les autres), l'irrépressible envie de mettre le quart de la demie du centième du premier jet de votre manuscrit entre les mains d'un tiers (ami, Supra Lecteur, professeur, petite soeur, grand-mère, spécialiste-des-études-littéraires et autres explorateurs potentiels de votre virtuel-rejeton-pas-encore-né). Devez-vous suivre votre impulsion première?
La question est délicate et la décision vous revient. Mais en reviendrez-vous? Êtes-vous réellement prêt?
| Pendant des années, après avoir écrit les vingt ou trente premières pages d'une oeuvre en chantier, je ressentais l'urgence de les donner à lire. Or, comme les mères oiseaux dont on dit qu'elles ne s'occupent plus de leurs oisillons lorsqu'une main étrangère les a touchés, dès lors qu'il me revenait, mon texte me semblait ne plus m'appartenir. |
Quelques petites feuilles qui ne font pas la plante... |
Ce sentiment étrange s'installait au moment même de la lecture de mon "oeuvre", car, le plus souvent, je surveillais - le coeur, petite pomme en compote - mon lecteur choisi, ce malheureux hère dont j'attendais les commentaires. Les yeux suspendus à son visage, je guettais les clignements d'yeux (je l'endors...), les soupirs (je l'horripile), le retour sur une page antérieure (je le perds!), etc. Résultat des courses? Ces pages, quelques jours plus tard, prenait le chemin de mes tiroirs.
Pourquoi ne faut-il JAMAIS (je suis péremptoire, je le sais!) faire lire le premier jet de votre manuscrit?
À suivre...Sciemment discutable (allez-y de vos commentaires!),
La Juvéniste :-) (<--- j'apprends une autre langue...)
Commentaires
Meci alors, car je brûle chaque fois d'envie de les fair elire (cet article ets amusant qar j'ai tapé le début de la fin sur google car c'est justement le titre d'une nouvelle que j'ai écrite (et finie...))
Drôle que le hasard vous ait mené par voie de titre interposé sur mon blog! Je parle dans l'article de mon expérience. Elle ne vaut pas pour tout le monde. Mais, je crois, cependant, que faire lire le premier jet d'un manuscrit s'avère toujours délicat. Un geste souvent prématuré, puisque l'oeuvre n'a pas encore atteint sa première forme complète. Je suggère ici d'attendre le deuxième jet. On en a alors fait le tour un première fois et le véritable travail d'écriture commence. À ce moment, toujours selon moi, l'avis des lecteurs peut nous être très utile. Mais tout cela demeure, bien sûr, une question très personnelle! Merci de m'avoir lue. Au plaisir,
La Juvéniste
Je ne pense pas que cela soit de l'orgueil ou de la fatuité, mais c'est NOUS cette oeuvre et le coup, c'est NOUS qui le prenons en pleine poire.
Je ne montre plus rien, je balance ou je pose mes productions (textes ou créations manuelles diverses). Je sais, c'est un peu tyrannique comme attitude car ça oblige les autres à plus ou moins bien "subir" la vision des mes oeuvres mais ce qui est fait est fait, et la critique, je la garde, pour l'oeuvre suivante, comme mode d'emploi ou garde-boue à mes débordements et errances.
Bises de K à J et L
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Ce faisant, j'ai appris à refuser de lire tout texte inachevé - quitte à provoquer la frustration de son auteur (qui ne sait parfois pas ce qu'il gagne).
Il arrive cependant encore que certain individu se permette de poser un oeil indiscret sur mes manuscrits, avec le même épouvantable résultat : une sacoche qui peu à peu enfle de textes mort-nés.
Même si je devrais m'y faire (et, après tout, je me suis habitué à ses commentaires acerbes qui me mettent plus bas que terre), c'est un facteur supplémentaire de panne d'écriture. Impossible d'avancer d'une seule ligne en sachant qu'elle sera foulée aux pieds.
La littérature a fini par devenir activité clandestine, je m'y livre en catimini, et en laissant le moins de traces possible.
Être accompagné d'un lecteur indélicat doublé d'un critique systématiquement négatif ne me fera toutefois jamais renoncer.
Si ce n'est ce texte, c'en sera un autre. Si ce n'est ce deuxième, il en viendra bien un autre.
Et ainsi de suite...