Carnets d'une juvéniste

 

Une juvéniste dans la blogosphÚre. B-logos-sphÚre: la sphÚre de la parole.

 

Jeudi 19 mai 2005

J'avais promis de revenir sur le sujet, me revoici en "bis".

En conclusion de Manuscrit - Le début de la fin...,  j'affirmais de manière péremptoire qu'il ne fallait jamais donner à lire un manuscrit avant que le premier jet n'en soit terminé.

 Je réitère le "jamais" et vais plus loin: il ne faut jamais donner à lire un manuscrit avant que le deuxième jet en soit terminé.

 

JET

n.m. (1158) "action de lancer" (...). Par métonymie, il désigne les objets identifiés à leur jaillissement (jet d'eau, 1671). D'après l'emploi particulier de jeter en botanique au sens d'"engendrer" (1323), il désigne une nouvelle pousse d'un arbre (rejet, rejeton).

(Alain Rey: entrée "Jeter", Dictionnaire historique de la langue française, Le Robert, p. 1914)

La pensée qui s'écrit, celle que l'on jette pour la première fois sur le papier, l'embryon d'univers fictif sorti tout chaud de la tête du scribouilleur doivent, pour être menés à terme, se développer en espace clos. Les dangers d'"avortement" s'en trouvent ainsi considérablement réduits.

Le premier jet est fragile. Mince cordon dans l'ombilic des limbes de la création, il supporte mal l'exposition à l'air libre tant et aussi longtemps qu'il n'a pas atteint une forme plus achevée (ce qui ne veut pas dire "définitive").

Il faut qu'il marine le rejeton. Qu'il prenne aussi tout l'espace nécessaire à son développement dans les limites élastiques de la psyché de son géniteur. C'est que l'écriture est à la fois tributaire d'une ouverture sur le monde et d'un "jaillissement" intérieur, une situation paradoxale à laquelle le point final du premier jet confère un équilibre précaire.

Une fois tout lancé sur le papier, en tout sens - en ayant fait le tour de tous les vents et de la rose: en allegro, en staccato, en legato, en rubato, sur le ventre, les mains, les pieds et sur le dos -, il est permis de constater une chose: le matériel a été livré, mais il repose en petits tas plus ou moins rangés près du site de la construction.

Le premier jet, c'est la version IKEA de l'oeuvre. Vous revenez de chez le géant bleu et jaune.Vous avez le mode d'emploi, vous avez les outils. Vous disposez sur le plancher de la cuisine toutes les pièces nécessaires au montage de la table (avec tiroirs à ustensiles) et des quatre chaises que vous venez d'acheter. Vous vient alors l'envie soudaine d'inviter maman (ou papa, ou le patron, ou...) à dîner. Imaginez la suite...

La Juvéniste

par La Juvéniste publié dans : Atelier d'écriture
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Commentaires

Bonjour!
Totalement et irrémédiablement d'accord!
C'est comme ce qui sort de la crysalide, et qui n'est pas encore papillon (il faut qu'il sèche au soleil ses fragiles ailes, et respire suffisamment pour durcir son exosquelette) si on lui souffle dessus, si on l'effleure, c'est raté et fatal parfois pour cet être.
Dans les cultures aztèques et mayas, la mère entoure d'attention son rejeton, pendant de longs mois pour lui faire acquérir (par des moyens peu recommandables) les canons de la beauté amerindienne. (crâne en pain de sucre, et strabysme de bon ton) et cela reste un rituel familial car l'enfant, en principe ne doit pas être présenté au reste de la communauté avant d'avoir commencé à acquérir les critères physiques de l'inca moyen. Petit, ce n'est pas la représentation fidèle de ses parents c'est un travail de patiente et de soins constants (nonobstant le fait que cette pratique est assez barbare, le fait est là.)
Toute création humaine (spirituelle, mentale, physique) est le fruit d'une maturation intime où l'intervention d'un tiers peut fausser complètement le résultat final.
Pour ce qui est du géant du meuble en KIT, j'en ai fait les frais personnellement (un bureau, sensé être monté en deux heures, a mis une bonne demi-journée à commencer à ressembler à l'illustration collée sur l'emballage)
A vous lire
commentaire n° : 1 posté par : Walsong (site web) le: 19/05/2005 18:03:28
Quelle analogie intéressante Walsong que celle de la "mise en forme" de l'enfant inca. Je ne connaissais pas cette pratique étrange. Elle sous-entend cependant une homogénéisation de la "construction" qui me semble la rapprocher des créations sérielles si fréquentes en littérature pour la jeunesse. Une sorte de "mise en boîte", de "formatage" du "produit". Je me demande si les parents Inca, en "modelant" l'enfant, pensaient également à tenter de "renforcer" quelques uns des traits propres à ses géniteurs. L'analogie serait alors d'autant plus pertinente en ce qui a trait à la création d'oeuvres pour la jeunesse qu'elle est une littérature "contrainte" par son public cible. Les auteurs devant tenir compte du destinataire visé doivent, d'une part, se plier aux exigences qu'impose la présence d'un récepteur en apprentissage et en développement (donc, sujet à une certaine "fragilité"), tout en tentant de faire ressortir leur voix unique d'écrivain. Un défi que tous ne réussissent pas à relever.
Et quant au montage des meubles en kit... je compatis!
commentaire n° : 2 posté par : La Juvéniste le: 19/05/2005 20:43:37
Cette coutume amérindienne est par toi fort bien analysée et tu as raison également lorsque tu demande si les parents n'apportent pas une sorte d'engrais ou de tuteur virtuel et moral à leur progéniture (quelques oligo-éléments paternels, quelques protéïnes maternelle, une pincée de virilité supplémentaire, une cuillerée à soupe d'humeur constante, une sorte de terreau pour plantes d'appartement, soit plante grasse et rustique, soit plante à floraison, plus délicate).
Dans toute culture, que ce soit ici, en Afrique, en Asie, sur le nouveau continent, les adultes (les parents de prime abord, évidemment) formatent leur enfant suivant son sexe et donc son utilité dans la société. Un bon formatage, une bonne mise en boîte, font des générations bien pensantes et policées, socialement acceptables et reconnues.
Au moyen-âge, en France, on avait une de ces coutumes mais moins outrée (tu peux le voire dans des tableaux de Le Nain ou d'autres peintres de cette époque, cela se faisait encore) Cette coutume donc, était de langer (emailloter l'enfant si tu préfères) serré, les bras contre le corps. J'ai un copain qui m'a certifié que ce n'était sûrement pas pour le préserver du froid, mais surtout pour... tiens-toi bien... qu'il désaprenne très tôt à se tripoter l'entre-jambe (les fonctions corporelles naturelles ne l'étaient surtout pas aux yeux de l'Eglise (si on se touche là... ça peut donner des idées) Donc l'orientation occidentale de la "formation du nouveau-né" avait d'autres buts, bien moins naturels que ceux du nouveau continent. Tout était ramené à la valeur morale (les critères esthétiques ne concernaient que les adultes (s'ils parvenaient à le devenir à cette triste époque)
commentaire n° : 3 posté par : walsong (site web) le: 19/05/2005 21:24:24
Décidemment, la fatigue se fait sentir, au moment de relire, j'ai validé mon commentaire. Résultat : foisonnement de fautes d'orthographe que tu voudras bien excuser (ce n'est pas ma faute! comme dirait Valmont dans les Liaisons Dangereuses)
commentaire n° : 4 posté par : walsong (site web) le: 19/05/2005 21:26:30
Pas besoin d'excuses Walsong. Moi-même qui suit maniaque en matière d'orthographe, j'ai remarqué combien la fatigue associée aux effets de la taille de la mini-fenêtre réservée à l'écriture des commentaires (dans lesquelles les lettres se transforment en crottes de mouche) donnait parfois des résultats étonnants! Une sorte d'abstraction de mes connaissances grammaticales et orthographiques!
commentaire n° : 5 posté par : La Juvéniste le: 19/05/2005 21:52:11
Ah... et pour les bébés emmaillotés, on faisait la même chose au Québec jusque dans les années 50. Pour les mêmes raisons...
commentaire n° : 6 posté par : La Juvéniste le: 19/05/2005 22:04:29

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