Écrire pour la jeunesse 3

Publié le par La Juvéniste

Dans la série "Écrire pour la jeunesse" (1 - 2), j'ai présenté jusqu'ici quelques-unes de mes réflexions personnelles sur la question. Dorénavant, lorsque l'occasion s'en présentera, je jetterai également quelques mots sur les publications (anciennes ou nouvelles) qui abordent le sujet.

Comme il est rare qu'il soit question de LJ dans les revues spécialisées du type Écrire Magazine ou Writer's Digest, la sortie de numéros thématiques mérite donc d'être soulignée.

 

C'est le cas de la dernière livraison du magazine américain The Writer (juin 2005) qui titre "Create books for children". Le dossier comprend deux articles. Le premier, "How to see the world through the eyes of a child" décrit les 8 étapes (la méthode "étapiste" est très populaire aux USA) pour donner à votre album pour enfants "the right perspective" (la bonne - et juste - perspective). Le deuxième article, intitulé "Writing for Children", présente un panel composé d'auteurs populaires (Judy Blume, Kate DiCamillo, etc.) répondant aux questions de la journaliste Sarah Anne Johnson sur leurs stratégies de travail.

En introduction de son article, Sarah Anne Johnson énonce les "trois vérités universelles" qu'elle a pu extraire de ces interviews.

Si vous voulez écrire pour la jeunesse, voici LA Vérité, telle qu'énoncée et révélée par S.A.J.:

 

1. If your're going to write, you must read, read, read. (Si vous comptez écrire, il vous faut lire, lire, lire.) Lire quoi? Tout: des contes aux fables en passant par la poésie. Mais pas n'importe comment, en adoptant le "writer's eye", l'oeil de l'écrivain. Qu'est-ce? Une sorte de troisième oeil qui a la particularité de s'attarder aux procédés de construction de l'oeuvre: méthodes utilisées par l'auteur pour créer ses personnages, pour mettre en lumière le "conflit" de l'histoire (cet élément essentiel, selon les modes d'emploi américains, d'une oeuvre réussie), etc. Johnson suggère également de porter attention au début et à la fin de l'édifice (porte d'entrée que l'on nomme en études littéraires, l'incipit; et sortie que l'on désigne comme excipit). C'est en lisant, écrit Johnson, que l'écrivain "éveille la muse".

2. If you want to be a writer, sit in your chair and write! (Si vous voulez devenir un écrivain, assoyez-vous et écrivez!) Écrire, écrire, écrire pour devenir écrivain. Tautologique, certes, mais tout à fait juste.

3. Honor your process. (Respectez votre processus d'écriture.) Il n'y a pas de méthode unique. Chaque écrivain possède sa propre manière.

 

Dire de ces trois conseils qu'ils sont des "vérités universelles" est bien pompeux. Toutefois, difficile d'en nier la pertinence!

 

Scripturalement vôtre,

La Juvéniste

 

 

Publié dans Atelier d'écriture

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Walsong 23/05/2005 14:31

Quelle farceur Monsieur Hasard!
Sais-tu que moi aussi, je me débats prise dans les filets d'une mauvaise grippe (mutée depuis en grosse bronchite) c'est bien remarques, ça fait très Marguerite Gauthier, sans la crinoline et la fleur blanche! Sauf que mes proches, connaissant mon "décalage ironique" permanant, ne compatissent pas outre mesure. Le bestiau est costaud, et l'humour le sauve!
Bienvenue au pays de microbes (on va faire un remake du "voyage intérieur" si ça continue.)
A bientôt
Walsong

La Juvéniste 23/05/2005 01:51

Encore des suggestions de lecture, Katy! Ma liste s'allonge... J'ai déjà feuilleté l'ouvrage de Sabatier et il serait bien, en effet, que j'y plonge. Il y a longtemps, j'ai travaillé, dans le cadre d'un cours de Jean-Jacques Nattiez (un chercheur qui s'intéressait aux rapports litt-musique) sur la musique dans l'oeuvre de Proust. Pas très original, mais bon, j'étais étudiante... Aujourd'hui, sur les plans stylistique et herméneutique, c'est la prosodie (et pas qu'en poésie) de la voix unique d'un auteur qui m'intéresse.
Pour ce qui est du petit article de The Writer... En extrayant l'"essence" des propos des auteurs qu'elle a interviewés, Johnson en vient, comme tu le dis à des évidences évidentes. Une substantifique moëlle bien maigre. Cela dit, s'il est vrai qu'écrire pour écrire peut mener à la déliquescence de l'écriture, il est difficile, toutefois, de trouver la muse si l'on n'écrit pas! En cela, je crois que les auteurs interviewés ont raison de le répéter dans une publication destinée à un public très général. Bien des gens "souhaitent" écrire. Quels sont ceux qui s'y mettront vraiment?
La plume, pour l'écrivain (celui dont c'est le travail) est un muscle à entretenir et les exercices premiers pour lui conserver sa forme sont simples mais essentiels: vivre, lire, écrire. J'ai des étudiants qui veulent écrire, mais qui n'écrivent pas... Ils attendent que viennent l'inspiration avant de sortir crayons et papiers. Dans un tel cas, ces conseils - superfétatoires pour les connaisseurs - méritent de leur être répétés. Ce qui n'empêche qu'un peu d'originalité pourrait être déployée pour ce faire! Ce qui n'est pas toujours le cas!
Je pars de ce pas te lire et voir l'article de Zoélie, mais je suis pas très en état de haute voltige aujourd'hui! J'ai le cerveau lent (depuis trois jours terrassée - le mot est à peine fort... - par une grippe) et j'ai l'intelligence façon sauce blanche!

Walsong 22/05/2005 13:18

A dire vrai, ils enfoncent un peu des portes ouvertes comme on dit chez nous. C'est évident comme le nez au milieu de la face. Ecrire, ecrire, toujours écrire, j'en connais un (copain de Kubrick qui écrivait, mais hélas toujours la même phrase : "un tien...." c'est pas la quantité qui prime c'est la qualité. On peut écrire des heures, des jours entiers sans pour autant sentir sur son épaule la main protectrice et inspiratrice d'une certaine muse (regardes Hoffmann, il a fallu du temps et des larmes pour s'apercevoir que son inspiration, il l'avait à côté depuis le tout début!) J'adore les contes d'Hoffman (la version de J. Offenbach est loin d'être aussi mièvre qu'on le pense et aborde très bien la symbolique profonde de ces fameux contes) Mes démons me reprennent et je ne peux m'empêcher de parler musique (j'ai un bouquin intéressant sur le sujet que je te conseille: "Miroirs de la Musique" (attention à ma petite manie des guillemets) ou "La musique et ses correspondances avec la littérature et les beaux-arts" de François Sabatier aux éditions Fayard.
Bonne journée.
PS. Zoélie a glissé un article dans la catégories a bâtons rompus, Fais-y un tour et délire si tu le veux, moi, j'ai une boîte de crayons qui m'attend, je dois dessiner pour donner l'exemple pour mon album dessin
Katy.