Atelier d'écriture - La révision...

Publié le par La Juvéniste

À la faveur d'un commentaire de Ambre relatif à mon récent article sur la révision d'un manuscrit, j'apporterai aujourd'hui quelques précisions sur ma vision de cet exercice essentiel.

 Je reproduis, en fait (et ci-dessous!), la réponse que j'ai faite à ma visiteuse. Nos deux manières d'envisager ce travail sont différentes, et c'est normal. Pour avoir lu plusieurs textes d'écrivains expliquant leur manière respective de procéder, je sais combien celles-ci peuvent différer. Voici donc le texte de la dite réponse.

 

Bonjour Ambre,

il est vrai, comme tu le dis, que le texte qu'on a devant soi lors de la relecture commence déjà à ne plus nous appartenir ou, du moins, qu'il devient un objet qu'on peut regarder "autrement". Par ailleurs, pour ce qui est des fissures, il en est de toutes sortes selon la nature de ce que l'on écrit. Je parlais ici, en général, du processus de relecture avant publication, lorsque le manuscrit est, pour ainsi dire, prêt.

Ce que je dis n'est pas Loi, bien sûr! ;-)

 

 

Cette photo, dans sa version originale, présentait peu de couleurs, des teintes d'automne passées. La "révision" que j'en ai faite correspond à l'étincelle de l'instant. Du matériau initial ne transpirait pas la vie que je voyais par delà cette représentation en demi-tons. J'ai "aquarellisée" la miniature et lui ai donné les couleurs de mon imagination. Sans cette "relecture" - qui a comporté tant des opérations délibérées que d'autres tenant plus du "action painting"; autant de choix (ou "non-choix"!) essentiels pour moi - ma  vision n'aurait pu être menée à son terme. 

Je crois qu'il y a autant de manières possibles de réviser que d'auteurs. Mais, pour qui envisage de publier, cet exercice m'apparaît, cela dit, incontournable.

Les fissures dont tu parles me semblent relever davantage des épaisseurs obscures du texte (celles-là qui en font la richesse) que de lacunes qui en menaceraient la lecture. Les premières font partie intégrante de la création, les secondes sont à combler.

L'expérience m'a montré que, du fait de l'étrange distance qui s'établit entre nous et le texte (une sorte d'"inquiétante étrangeté", dirait Freud), il est possible, en dernière lecture, de se livrer à un peaufinage qui comprend tant la révision orthographique (coquilles et cie) usuelle que le remaniement de certains passages qu'une lumière nouvelle éclaire.

"Ravalement de façade" est peut-être un expression trop forte, j'en conviens... Reste qu'à cette étape, il s'agit de la dernière occasion qui nous est donnée de mener à sa forme la plus achevée l'oeuvre sur laquelle nous avons passé bien du temps.


Pour finir, je veux souligner le fait que tout ce processus de révision n'enlève rien à la "spontanéité" de l'oeuvre de laquelle bien des gens ont une vision romantique (du genre: ne rien toucher du texte pour la conserver). L'éclat du vivant dans le texte n'est pas que le fait d'un instant. Il doit être présent à toutes les étapes de la création. Sinon, nous en serions réduits à ne faire que de la "mise en boîte", du "produit conforme", ce qui n'entre absolument pas dans ma conception de l'écriture! En écriture, comme c'est le cas pour toute création artistique, la création la plus spontanée relève de choix (conscients ou inconscients). Lors de la relecture, la conscience est plus "aiguisée", disons, mais cela n'entrave en rien le potentiel créatif. Tout au contraire, souvent, puisque l'esprit créateur a, à ce moment, bien de la matière pour s'amuser.

 

Merci Ambre de m'avoir permis de revenir sur la question et de pousser plus avant cette réflexion. À bientôt, peut-être.

 

Spontanément et rigoureusement (et oui, on se refait pas!) vôtre,

 

La Juvéniste

Publié dans Atelier d'écriture

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Tarafpj 25/03/2006 04:53


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La Juvéniste 31/05/2005 21:30

Wally -- Eh oui, c'est comme pour les bébés. A-t-il ses cinq doigts, cinq orteils? Oh, les jolies petites oreilles... Et cette moue si mignonne! Il s'agit en écriture, comme dans la vie, d'un accouchement. Certains sont plus difficiles que d'autres! Bises de J et L à K (le lulu est sans ordi cette semaine, puisqu'il est chez son père; à moins qu'il ne travaille sur celui de l'école ou dans un café internet... donc, il n'est pas très présent sur OB). Clin d'oeil: il fait très beau aussi chez nous, plein de soleil, enfin!

Ambre -- Merci d'être revenue! Je suis aussi allée lire tes beaux textes. J'hésitais un peu à réutiliser ma réponse à ton commentaire sous forme d'articles, mais j'ai pensé que tu ne m'en tiendrais pas rigueur, puisque tous les commentaires sont, de toute façon, accessibles aux lecteurs du blog. J'aime bien ces discussions qui nous font voir plus loin et je te remercie encore une fois d'avoir initié nos derniers échanges.
Il est vrai que la révision orthographique (celle des réviseurs professionnels. J'ai déjà donné en cette matière...) est fort différente de la révision du dernier jet d'une oeuvre de création par son auteur. La première survient vraiment à la toute fin, lorsque le manuscrit revient de chez l'éditeur sous forme de "bleus". Dans les articles sur la révision, je parlais, bien sûr, de la deuxième. Il peut arriver, comme tu le dis, qu'il y ait bien peu de choses à revoir si l'oeuvre a été longuement travaillée au préalable et sur une très longue période (j'en ai des comme ça - et plusieurs! - dans mes tiroirs). Dans ces conditions, la révision est indissociable du processus de création lui-même. Écriture d'un chapitre, repos du manuscrit, relecture, réécriture, continuation, etc.
Pour le reste, nous en arrivons à la même conclusion: autant d'auteurs, autant de manières de faire.
Au plaisir de te revoir ici ou sur ton blog! La J.

Ambre 31/05/2005 18:15

Je ne pensais pas susciter autant de réflexions avec mon petit commentaire...
Pour en revenir au sujet qui nous intéresse, je ne pense pas avoir suffisamment d'expérience pour pouvoir parler de révision autrement que par ce que j'en ai vu jusqu'à présent. En tant qu'auteure amatrice, non éditée et n'ayant jamais réellement préparé de manuscrit dans ce but, je n'ai achevé qu'un court roman. Celui-ci a eu une gestation très longue (15 ans) et chaque phrase est donc "sortie" toute prête si l'on peut dire. Mon manuscrit original se distingue par une quasi absence de rature. Le deuxième jet n'est guère que le reflet absolu du manuscrit sans les fautes d'orthographe. Je ne vous parlerais pas de la version finalisée que j'ai tenté vainement de produire : il en est résulté une simple lecture-plaisir. Comme tu le dis, je crois que ce texte, tout en étant toujours moi, n'est plus qu'un objet, une version accomplie de ce que j'avais dans l'esprit. Ce type d'écriture m'a été très douloureux.
J'en expérimente aujourd'hui un autre. Je cherche un "accouchement" (comme dirait Walsong) plus facile. Le texte est toujours longuement mûri avant d'être écrit mais il y a plus de remords, de reprises, de rajouts, de ratures tout simplement, à la relecture immédiate ou différée.
J'agis finalement beaucoup, dans un cas comme dans l'autre, par lectures rapprochées et fréquentes pour mesurer l'avancée du travail et mieux appréhender ce qui va venir. Je pense que c'est cette méthode qui rend la révision inutile à mes yeux.
Je connais cependant une autre façon de faire de la révision tout simplement car il s'agit d'un des aspects de mon travail. Je sais à quoi ressemble un remaniement de texte dans toute ses nuances (de la simple retouche sur manuscrit abouti à la réécriture quasi totale d'idées sympathiques mais si mal exprimées). C'est cette dernière dimension qui me pousse à m'interroger sur ma façon d'aborder la révision de mes textes. J'agis comme si, une fois le stylo posé, il n'y avait plus à y revenir (ça ne signifie pas que je suis satisfaite, juste incapable d'y retoucher). Est-ce parce que je "sais" que la révision n'est pas nécessaire ou parce que je "sais" qu'elle doit nécessairement être faite par un autre ? Tu m'en donnes de belle interrogation, Juvéniste... Et je vous barbe avec mes histoires de petite écrivaillonne.
La révision nécessaire certes mais je suis d'accord pour dire avec toi qu'elle doit être fonction de l'oeuvre et de l'auteur.

Ambre

walsong 31/05/2005 11:31

Il ne faut pas oublier qu'il y a gestation, accouchement et formation (pour ne pas dire éducation) C'est quand même la chair de notre chair même si elle n'est que neuronale. On en peut la balancer à la face du monde comme ça, toute nue et sans imunités naturelles, elle ne vivrait pas longtemps, la "chair" petite! Quand elle naît, on la regarde par la vitre de la maternité et on observe que rien ne manque, qu'elle a tout ce qu'il faut là où il faut, qu'elle n'est pas souffreteuse ou carencée. C'est un travail d'amour et d'attention pour elle et ceux qu'elle va cotoyer de la "préparer" à sa vie propre.

B de K à J (le soleil est revenu ici!)