Réédition et littérature pour la jeunesse

Publié le par La Juvéniste

Revu et corrigé

Traduction néophyte (corrigez-moi si je me trompe) : Le paresseux et le voleur

Un éditeur désire remettre sur le marché un ouvrage très populaire, mais épuisé. Quels choix s'offrent à lui lorsque vient le temps de lui donner une nouvelle vie? Deux options principales peuvent être envisagées: réimprimer ou  rééditer.

Si l'éditeur choisit la réimpression, l'oeuvre sera réimprimée sans aucun changement. On parle alors de "retirage". S'il choisit la réédition, l'oeuvre est soumise à un nouveau travail éditorial qui peut viser tant le texte que ses entours. L'oeuvre originale peut être augmentée; des notes en bas de page ou une nouvelle préface de l'auteur peuvent lui être ajoutées. On révisera parfois l'introduction ou on la remplacera par une autre, plus récente, de la main d'une personne "de qualité". Etc.

Dans le cas de la réédition d'un album pour la jeunesse, il arrive non seulement que le texte soit sujet à modifications, mais également que les illustrations soient retouchées ou complètement refaites. Lors de mon séjour au Maroc, j'ai pu mettre la main sur un cas intéressant de réédition d'un court récit destiné aux très jeunes lecteurs.

Impossible, pour l'heure, de déchiffrer l'histoire (la page couverture, toutefois, rappelle une certaine fable de La Fontaine mettant en scène un corbeau et un renard; ici, un corbeau et deux chats!), mais la "réfection graphique" parle d'elle-même. Voyez...

 

L'original

 

Sa révision

 

La facture de chacune des oeuvres permet de penser que plus de vingt ans séparent les deux éditions. Que remarquez-vous de particulier dans ce revampage? Une forte influence du dessin animé américain? Le deuxième album, de fait, est "de son temps". Il reflète une vision "internationalisante" des produits destinés aux enfants.

Cette vision rappelle, mais dans un autre registre, la définition de l'adolescent international: un « miroir modèle pour les jeunes des pays nantis, et [un] idéal pas forcément inaccessible pour ceux des pays déshérités. […] ». Selon l'auteur de cette définition, Philippe Adjutor, la publicité jouerait un rôle important dans la constitution d'une « culture jeune » (on pourrait ajouter à cela le cinéma et le dessin animé et certains ouvrages de fiction qui, aujourd'hui, traversent allègrement les frontières) qui viendrait remplacer la culture d'origine:

"[…] dans cette imagerie, rien ne semble présenter l’adolescent comme en « passage » vers un autre âge. La perte de son rapport à l’histoire et à la mémoire, au profit du présent et de la modernité fait qu’il se sent moins relié aux générations qui l’ont précédé […] qu’à ses contemporains de l’autre bout de la planète. […] [C]onforté par les références vides, mais rassurantes de la « culture jeune », notre adolescent s’installe dans une immanence dont rien ne le pousse à sortir"

Voir l'article "adolescent international" rédigé par Philippe Adjutor dans le Dictionnaire critique de la mondialisation (Paris, Le Pré aux Clercs, 2002, p. 26 et s.) dirigé par François de Bernard.

Dans les deux double-pages que j'ai insérées plus haut, plusieurs détails méritent l'attention dont certains tendent à confirmer les dires d'Adjutor. Une sorte de "centrisme juvéniste" en lieu et place de références propres à l'environnement immédiat du jeune lecteur. On peut également noter plusieurs stratégies visant un meilleur accès à l'oeuvre et un renforcement des liens avec le public cible. 

Je n'en dirai pas plus... Ouvrez les yeux!

La Juvéniste

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claude 05/06/2008 20:15

un sans papier crée un site bizarre un dictionnaire des sites français, un nouveau concept de référencement! avec lequel il veut avoir 1 million d'euro et être millionnaire voici le lien : www.jeseraimillionnaire.com

La Juvéniste 20/07/2005 22:01

Chère Malikacé, eh oui, je connais la chanson! On voit d'ailleurs ces pratiques pour les artistes populaires, tous ces remix, façon "dance", qui n'ont plus grand chose à voir avec les originaux. En littérature, il est coutume, par exemple, de voir apparaître au fil des ans des réécritures de contes traditionnels. L'originalité de certaines de ces adaptations modernes met souvent en lumière des aspects de l'histoire que les versions antérieures laissaient dans l'ombre. Il existe, à ce titre, de très intéressants rewritings. Comme tu le soulignes, ce sont tous ces "relookages" pour mettre les oeuvres au goût du jour qui nous décoivent le plus souvent parce qu'ils réduisent l'oeuvre à sa plus simple expression et tendent à évacuer tout ce qui en fait l'originalité. Horreur! comme tu le dis!
À bientôt, la Juv

La Juvéniste 20/07/2005 21:52

Cher Serge! Je reconnais que je ne suis pas étonnée de te voir préférer l'ancienne version! J'aurais sans doute aucun parié là-dessus! Il y a, en effet, une "perte" dans bien des versions "modernisées"... Je ne sais si tu as vu la "petite sirène" revampée par Disney... À comparer avec l'original!
Bien heureuse de te revoir passer par chez nous. Au plaisir,
La Juv

malikace 20/07/2005 15:52

J'avoue préférer également l'originale. Savaois-tu qu'en France certaines maisons de disques "relookent" les chansons populaires et enfantines pour les touts-petits. Cela donne une sorte de "DJ baby" où l'on ne reconnait plus rien de douces mélodies qui ont bercé notre enfance et où les paroles sont couvertes par des sont techno !
Quelle horreur !

Serge 20/07/2005 08:19

Tu ne seras pas étonnée, amie Juveniste, si je t'avoue que je préfère l'ancienne version...
Je hais l'uniformité, et la mondialisation.........
Je n'aime guère qu'on relooke les vieux livres... Les enfants peuvent faire un effort ... et les parents sont là pour répondre à leurs questions...
Plus "d'action", "d'agressivité", dans les nouveaux dessins... Moins de poésie...
Que manque t-il à nos enfants, aujourd'hui . de l'action, de l'agressivité ?
...plutôt de la poésie.......